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Chute au classement PISA : le numérique et l'IA sont-ils réellement impliqués ?

Écrans en classe, IA générative et niveau scolaire : décryptage des données de l'OCDE, entre distraction en cours et opportunité d'un tutorat sur-mesure pour les élèves.

CH
Camélia Hadjeris
Conseillère numérique · ICOM'Provence
Point d'ancrage atelier :Parentalité numérique, devoirs et usage raisonné de l'IA

L'essentiel pour la médiation en 3 repères

Le numérique n'est pas la cause première : la baisse des résultats des élèves français dans PISA a débuté bien avant l'avènement des IA génératives.

L'usage fait la différence : le smartphone reste principalement une source de distraction en classe, alors qu'un ordinateur mobilisé pour une recherche active soutient l'apprentissage.

L'IA tuteur vs l'IA de substitution : utiliser l'IA pour reformuler une notion incomprise renforce les compétences, lui faire faire ses devoirs à sa place les détruit.

La publication des résultats des enquêtes PISA par l'OCDE suscite régulièrement de vives inquiétudes sur le niveau des élèves de 15 ans en mathématiques, en sciences et en compréhension de l'écrit. Alors que la France stagne autour de la 27ème position, les regards se tournent fréquemment vers les écrans et l'intelligence artificielle pour expliquer ce recul. Que révèlent véritablement les données statistiques ?

Distraction en classe : le vrai point noir des écrans

L'enquête de l'OCDE met en lumière un lien direct entre la présence non régulée des appareils numériques et la dispersion de l'attention. Les élèves français sont particulièrement nombreux à signaler être distraits par leurs propres smartphones ou par ceux de leurs camarades pendant les cours :

  • Les élèves régulièrement confrontés à cette distraction en classe obtiennent en moyenne des scores inférieurs de 15 à 20 points dans les épreuves scientifiques.
  • La technologie n'est pas néfaste en soi : un ordinateur utilisé pour simuler une expérience de physique ou pour une recherche documentaire guidée améliore l'engagement des élèves. En revanche, le multitâche passif (réseaux sociaux, messageries pendant le cours) nuit gravement à la mémorisation.
« Le problème n'est pas l'écran, mais la posture de l'élève face à lui : le numérique doit rester un outil de travail instrumenté par l'enseignant, non une échappatoire permanente à l'effort d'attention. »

L'intelligence artificielle : tuteur bienveillant ou béquille passive ?

L'arrivée massive des agents conversationnels génératifs (ChatGPT, Claude, Gemini) dans le quotidien des collégiens et lycéens transforme en profondeur le travail personnel à la maison. Les données de l'enquête PISA révèlent un paradoxe saisissant :

  • L'IA comme tuteur personnalisé : lorsqu'un élève demande à l'IA d'expliquer une règle de grammaire avec des mots simples, de donner un exemple concret ou de générer des exercices d'entraînement progressifs, l'outil agit comme un répétiteur efficace et valorisant.
  • L'IA de substitution : lorsqu'elle est utilisée pour rédiger un exposé à la place de l'élève ou pour donner directement la réponse d'un problème de mathématiques sans étape de réflexion, l'élève s'illusionne sur sa maîtrise et perd la capacité de raisonner par lui-même.

Les études montrent d'ailleurs que les élèves en difficulté sont souvent ceux qui ont le plus tendance à déléguer entièrement leurs devoirs à l'IA, creusant ainsi les écarts de niveau avec les élèves autonomes.

Une dégradation antérieure à l'IA

Il serait cependant trompeur d'imputer la baisse du niveau scolaire aux seuls algorithmes. L'analyse historique des rapports PISA démontre que l'érosion des scores en mathématiques et en lecture en France a débuté dès les années 2000, bien avant la démocratisation des smartphones et des IA génératives. Les facteurs sociaux, le manque d'attractivité du métier d'enseignant et les disparités territoriales demeurent les déterminants structurels majeurs.

La posture pour la médiation numérique et les familles

  1. Instaurer la règle de la transparence : inciter les jeunes à montrer à leurs parents ou médiateurs les requêtes qu'ils formulent à l'IA pour leurs devoirs.
  2. Apprendre à questionner plutôt qu'à copier : valoriser les prompts d'aide à la compréhension (« Explique-moi cette formule comme si j'avais 10 ans ») plutôt que la demande de réponse brute.
  3. Déconnecter pendant les devoirs fondamentaux : sanctuariser des temps de lecture et d'écriture manuscrite sans notifications ni écrans allumés.

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